Source de plaisir pour certains, la période dite de vacances apparaît à d’autres comme un problème à régler. Un problème de plus. Un problème... dont ils se passeraient bien. Et pourtant, le fait de rompre avec l’ordinaire pendant quelque temps peut créer cet espace de repos ou de ressourcement dont nous avons tous besoin. Où est le problème ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour des vacances reposantes et ressourçantes.

Par Jacques Lafleur, psychologue

Paru dans Travail et santé, vol 26 no2, juin 2010, révisé en février 2017

 

Comment choisir ses vacances pour qu’elles soient une véritable source de repos et qu’elles permettent de refaire ses forces?
Non !!! Comment choisir ses vacances pour se sentir pleinement vivant, pour découvrir du nouveau, pour en revenir régénéré, avoir des tonnes de choses à raconter, se sentir plein d’énergie ?

A propos, les vacances, c’est pour se reposer ou pour vivre intensément ?...
Le mot vacances tire son origine d'une racine latine qui signifie vide. Vide de quoi? On pourrait répondre «vide des préoccupations habituelles liées à la vie que l'on mène durant le reste de l'année». Et chacun pourrait faire ce vide en faisant le plein d'autre chose, qui irait de faire le plein de silence jusqu'à faire le plein d'occupations différentes au sens d'occupations nouvelles ou ressourçantes (en voyage, par exemple).
La période de vacances offre une occasion de rupture avec le quotidien. Libre du travail, on dispose de temps, denrée précieuse si on en juge par les difficultés à concilier le travail et la vie de famille. On a donc du temps pour rompre avec le quotidien ordinaire. Rupture essentielle, si ce quotidien est exigeant. Mais ce besoin de rupture peut se concrétiser de façon bien différente d’une personne à l ‘autre.

Besoins et désirs différents.

Et voilà que se pose la première difficulté: le mot vacances évoque le vide de contraintes, cette liberté qui semble nous manquer en temps ordinaire. « Pourrais-je au moins faire ce que je veux pendant mes vacances? » La question se pose peu pour le célibataire qui s’assume. Mais, pour les parents respectivement introverti et extraverti d’une famille reconstituée, la décision concernant la façon d’occuper les deux semaines de vacances communes peut s’avérer relativement complexe, sinon conflictuelle. Par exemple, deux des enfants ont des désirs différents alors que le troisième arrive à l’âge où il ne veut plus suivre la famille tout en étant trop jeune pour être laissé seul. «Au moins, quand on travaille, le problème ne se pose pas...»

Lui répond à cent demandes et sollicitations par jour, toutes plus pressantes les unes que les autres. À la maison, le soir, après les habituels contraintes liés à l’heure de pointe, ce sont aussi des demandes qui l’attendent : les enfants, les choses à faire, parfois un peu de travail. « Ah, les vacances, peut-on au moins avoir la paix : finies les demandes, quel bonheur de pouvoir se reposer un peu ! Juste «être», comme on dit. Laisser la journée se déplier, faire des petites choses, ne rien décider d’avance. »

Mais elle, elle aime le monde. Son travail, tout intéressant qu’il soit, s’accomplit le plus souvent en solitaire. À la maison, elle voit à tout, elle se sent un peu esclave de l’organisation du quotidien : lessive, cuisine, ménage, organisation de ce qui concerne des enfants. Le conjoint contribue, mais il n’a pas la responsabilité. Pour elle, les vacances, c’est voir du monde, s’éloigner de cette maison où, trouvant toujours quelque chose à faire, elle ne se permet jamais de repos. Et puis, c’est se faire gâter un peu, se faire servir, ne plus sentir la charge de la maisonnée. Et aussi, enfin, se sentir vivante, découvrir, s’échapper de la vie ordinaire qui finit par peser lourd.

L’approche win-win

Ici, la résolution heureuse passe par une approche gagnant-gagnant. Un conflit n’est pas nécessairement une bataille : un peu de compréhension et de bonne volonté, associées à la capacité de faire respecter ses besoins et désirs à soi, peuvent permettre d’arriver à un compromis acceptable, sinon heureux. Plutôt que     « on sait bien, toi, tu ne veux jamais rien faire », un « je comprends que tu aies besoin de te reposer » pourra mettre dans de meilleures dispositions de discussion. Cela peut ouvrir à un « je sais que de ton côté, tu as besoin de te changer les idées, de partir, de découvrir des choses » plutôt que de restreindre à un « on sait bien, toi, tu peux pas rester deux minutes tranquille sans dépenser de l’argent pour des choses qui ne restent pas ». À partir de là, on peut chercher une ou des solutions, qui tiendront aussi compte de besoins enfants, de façon à ce que chacun y trouve son compte. Se sentant compris et respecté, chacun acceptera mieux de mettre de l’eau dans son vin, d’autant que la contribution au plaisir des autres peut aussi être source de satisfaction.
Comme dans d’autres sources de conflit, la solution ici reste basée sur de la compréhension, de l’ouverture, de l’amour. Et de la créativité puisque, au départ, personne n’a de solution qui englobe les besoins et désirs de tous. L’intelligence, la créativité et la bonne volonté peuvent ouvrir à des solutions qui permettront à tous de passer du temps heureux.
Cela dit, pour y arriver, il faut consentir à ce que les vacances ne représentent plus une période où, enfin, «on fait ce qu’on veut», mais à une période pendant laquelle on fait autre chose que ce qu’on fait durant les semaines de travail.

Et le reste de l’année ?

Par ailleurs, si le besoin de repos ou le besoin de dépaysement est criant, il sera utile de jeter un regard sur sa vie dite « ordinaire ». Il est probable qu’on gagnerait à l’organiser de façon différente. Si on se donne du repos le soir et les fins de semaine, si on accepte de vivre ses journées de travail sur un rythme moins fou et qu’on s’organise pour y arriver, on se sentira moins fatigué lorsque viendront les vacances et on pourra plus facilement accepter de s’investir dans des projets avec la famille.

Si on se permet davantage de répondre à ses besoins de ressourcement durant l’année et si on consent à lâcher prise, du moins un peu, sur les obligations qu’on se met sur le dos à la maison, la vie sera moins lourde. Le besoin d’utiliser les vacances essentiellement pour s’éloigner le plus longtemps possible de la maison pourrait en conséquence être moindre.

Si la vie quotidienne nous étouffe d’une façon ou d’une autre, il est normal qu’on ait besoin de prendre de l’air pendant ses vacances. Mais le problème est moins le besoin de ce changement radical durant les vacances que celui de manquer d’air le reste du temps. Et la solution pourrait avantageusement viser à améliorer ces 48 ou 49 semaines pendant lesquelles... on rêve de vacances !

Se préparer et payer le prix

Il y a encore quelques milieux de travail qui ferment leurs portes pendant la période des vacances. Chaque employé a moins le choix de ses dates de vacances, cela va de soi, mais personne n’aura trop de rattrapage à faire en revenant, car rien n’aura avancé. Dans le meilleur des cas, la compagnie aura même averti ses clients de sa fermeture pour vacances quelques mois à l’avance, si bien qu’il n’y a pas trop de précipitation dans les jours ou semaines qui précèdent la suspension du travail. Mais cela reste l’exception.

Le monde du travail, lui, ne prend pas de vacances. Le monde du travail n’arrête jamais, ne se repose jamais, ne se ressource jamais, ne décroche jamais. Tel un train qui filerait sur le temps, il avance, inexorablement, si bien que dès que vous descendez, vous prenez du retard. Pour beaucoup de gens, cet imparable retard constitue un énorme prix à payer pour... ce qui n’est finalement que des vacances !

On lit souvent la règle des 3-3-3, 2-2-2 ou 1-1-1, c’est-à-dire que x semaines de vacances demandent un nombre équivalent de semaines de travail intensif de préparation et encore le même nombre de semaines intensives de rattrapage. Le calcul devient : 6 semaines de folie furieuse pour 3 semaines de vacances : alors, j’aime mieux passer mon tour ! D’autant que je suis déjà en retard...

Les solutions ici consistent à s’entendre sur ce que signifie le mot vacances. Trois semaines de vacances, ce n’est pas que la permission de s’absenter des lieux de travail pendant trois semaines: c’est la permission de laisser son travail et d’y revenir sans surcharge. Si notre employeur consent à ce que ses employés prennent trois semaines vacances, il consent à ce que leur rendement total soit équivalent à 49 semaines de travail, pas à 52 semaines.

Cela dit, comme le monde du travail n’arrête jamais, il pourra être utile de préparer ces semaines d’absence en choisissant ses priorités en conséquence et en s’assurant que certains dossiers pourront temporairement être confiés à d’autres personnes. Comme nous assumerons probablement nous aussi le suivi de certains dossiers appartenant à d’autres durant leurs vacances, le total du travail produit sur les dossiers qui nous sont propres pendant la période de vacances sera moindre que celui auquel on s’attend durant le reste de l’année. À moins que notre employeur n’embauche des étudiants ou du personnel supplémentaire durant cette période. Ce n’est donc pas parce qu’un employeur ne ferme pas ses portes pendant les vacances qu’il peut s’attendre à ce que la période de vacances soit aussi productive que les autres !

Avant les vacances, donc, on prévoit : quelles sont les priorités, qu’est-ce qui peut attendre ? Qui s’occupera de quel dossier durant l’absence du responsable habituel ? Comment la transmission des informations essentielles à cette passation de dossiers se fera-t-elle ? Qui gardera une vue d’ensemble sur les priorités durant la période de vacances ? A-t-on besoin de communiquer ce ralentissement nécessaire à nos clients ?

Alors, on peut refaire le message de sa boîte vocale ou installer un retour automatique de courriel : « Bonjour. Veuillez prendre note que je suis présentement en vacances. Si votre demande est urgente, veuillez contacter untel à tel no de téléphone ou à telle adresse courriel. Si non, il me fera plaisir de vous parler ou de vous lire lors de mon retour dans la semaine du x de tel mois. »

Les vacances sont souvent un problème parce qu’on voudrait arriver à en prendre sans que cela ne paraisse... Mission très dangereuse, sinon impossible. La question ici est d’arriver à accepter que les vacances sont une réalité avec laquelle tout le monde doit composer : employeur, collègues, clients et soi-même. On n’a pas à se sentir mal ou gêné de ne pas travailler pendant ses vacances, ni à se sentir coupable des conséquences que cela amène.

Si ces conséquences sont importantes en termes de retard ou de préjudices, il sera important de ne pas se faire porter personnellement le poids de ces inconvénients. Ce n’est pas parce qu’on a pris des vacances que ces difficultés sont survenues, mais parce que, dans l’organisation du travail, l’employeur n’a pas tenu compte du fait qu’on serait ou qu’on était en vacances. S’il reste sain de reprendre le travail de façon responsable, il est malsain d’y revenir comme si on avait une dette à payer !

Les vacances ne sont pas un emprunt de temps qui doit être remboursé; elles sont un intérêt que notre employeur nous doit sur le temps que nous lui offrons chaque année.

Pour conclure

Si on a hâte à ses vacances pour se reposer, alors comprenons qu’on aurait nettement avantage à changer sa façon d’aborder le travail ! La fatigue qui semble présente chez tellement de gens a des causes et il est important d’agir sur ces causes plutôt que de tenter de survivre de week-end en week-end jusqu’à ses vacances (voir Comment savoir où s'arrêter, par exemple). La période de vacances peut en être une de repos, mais il vaudrait mieux que ce repos soit du ressourcement plutôt qu’une convalescence rendue nécessaire par une sorte d’épuisement chronique.

Pour profiter pleinement de quoi que ce soit, il faut être suffisamment reposé. Les vacances ne font pas exception à la règle. Il ne s’agit pas uniquement de faire le vide du travail, mais aussi de faire le plein de quelque chose d’autre. De quelque chose qui soit invitant, ressourçant, agréable et heureux.
Et qui ne constitue pas une dette de temps à rembourser au retour.

Sur ce, bonnes vacances !