On perd son temps quand on s'efforce d'augmenter sa confiance en soi en visant la haute performance, sinon la perfection.

La confiance en soi est une attitude, comme en témoignent les gens de peu de talent qui ont pourtant énormément confiance en eux-mêmes.

C'est davantage une question de regard sur soi qu'une question de compétence

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voir Comment savoir où s'arrêter pour quelques idées en ce sens

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voir Plus de performance ou plus de  compétence? en complément

 

 Voir L'estime de soi en complément

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On peut se faire confiance même si tout n’est pas parfait

Paru dans Travail et santé, vol 24 no 4, déc. 2008, révisé en février 2017

Par Jacques Lafleur, psychologue

 

Compte tenu du nombre faramineux de choses qu’on fait chaque jour, il vaut mieux avoir confiance en soi. Autrement, on risque de passer sa vie à se remettre en question et à critiquer tout ce qu’on dit, fait ou pense. Ce qui n’est pas reposant...

En toute chose, il y a la surface et la profondeur. Pour voir le côté superficiel de la confiance en soi, il suffit de regarder les «vrais» politiciens: jamais ils ne doutent d’eux-mêmes. Les critiques même les plus acerbes ne les ébranlent pas ; au contraire, ils y trouvent prétexte à renchérir sur ce qu’ils ont fait, confirmant une fois pour toutes qu’ils avaient raison et que leurs détracteurs avaient tort. «Ils sont bien faits», disent ceux et celles chez qui l’autocritique est plus dévastatrice...

En politique, c’est un jeu: on doit faire semblant d’avoir toujours raison. À un niveau plus profond, la confiance en soi est fort différente, car elle admet sans difficulté les erreurs commises. Mais c’est sans se remettre lui-même en question, sans se dévaloriser et surtout sans se détester que l’individu qui a confiance en lui-même reconnaît ses limites, torts et bévues. Il considère comme normal d’avoir des faiblesses dans certains domaines et il ne s’en formalise pas outre mesure. Il essaie simplement de ne pas continuellement vivre confronté à ses limites, préférant choisir une vie où il peut mettre ses forces et ses qualités de l’avant, au service de ce qu’il considère comme des réussites.

 

 

Confiance en soi ou performance hors du commun?

Ainsi, un grand chef cuisinier à qui on demandait s’il pouvait tout réussir dans son art répliqua immédiatement qu’il était «pourri» dans le secteur de la pâtisserie: «Ça demande trop de temps et de précision, ce n’est pas fait pour moi». C’est une réaction assez typique chez les gens qui ont confiance en eux: ils savent ce dans quoi ils sont bons et ce dans quoi ils le sont moins. Ils considèrent comme normal d’être plus ou moins efficaces dans certaines choses: une lacune ou une erreur ne les amène pas à se dévaloriser ou à se méfier d’eux-mêmes le reste de leurs jours!

La question qui se pose est essentiellement de savoir comment nous donner une vie qui nous permettra de développer et d’utiliser nos talents, tout en nous évitant d’être constamment embourbés dans des situations où nos limites du moment ou nos lacunes plus profondes nous restreignent à des réalisations médiocres. Et, dans ce contexte de vie sain, on saura voir ce qu’on réussit plutôt que de s’attarder continuellement et uniquement à ce qui aurait pu être mieux fait.

C’est ce qui fait défaut aux gens qui n’ont pas vraiment confiance en eux-mêmes. Pour eux, la confiance en soi ne peut s’acquérir que par la réussite en toute chose car, dès qu’ils ratent quoi que ce soit, dès que tout n’est pas parfait, leur petite voix intérieure leur confirme qu’ils ont bien raison de douter d’eux-mêmes. Et comme on peut difficilement passer une journée sans se fourvoyer quelque peu, la petite voix trouve mille occasions de se faire entendre. Comment alors parvenir à croire en soi, si on se dit cent fois par jour qu’on aurait tort de le faire?

D’autant que cette petite voix est en fait une grosse voix. Et elle a absolument confiance en elle chaque fois qu’elle nous fait savoir qu’on est un imbécile... Manque de confiance en soi et autocritique négative vont ainsi souvent de pair.

 

La confiance en soi: une attitude et non le résultat d’une performance

La confiance en soi n’est en rien la conséquence d’une performance exceptionnelle à réussir tout ce qu’on entreprend. Toute tentative de l’augmenter en visant la perfection est donc vouée à l’échec, car il suffira d’une seule erreur pour que tout dégringole de nouveau. En plus d’être inefficace, cette stratégie est épuisante: on se surveille soi-même et on surveille tout, tout le temps! Et, ce faisant, on décèle facilement la moindre erreur, et on entretient ainsi le sentiment d’être incompétent, voire inadéquat.

Il vaut mieux voir la confiance en soi comme une attitude, c’est-à-dire comme une façon profondément ancrée de se voir soi-même et de voir le monde. La plupart des attitudes prennent racine dans l’enfance et se développent durant l’adolescence et la vie adulte, au gré de la personnalité, des influences et des circonstances. Une fois bien développées, elles ont cependant une forte tendance à s’entretenir d’elles-mêmes et à persister, malgré nos efforts — parfois à cause de nos efforts ! — pour les changer. Confiance et non-confiance en soi n’échappent pas à cette règle.

 

Le sabotage se poursuit de lui-même

Bien que nous présumions juger des choses et de nous-mêmes objectivement, nous le faisons essentiellement à partir de ce que nous croyons déjà. Nous nous servons ainsi le plus souvent des événements pour confirmer nos idées sur nous-mêmes, sur les autres et sur la vie. C’est ce qui explique qu’un même sondage puisse être interprété tout aussi favorablement par le gouvernement que par l’opposition. Notre perception est ainsi fondamentalement biaisée par nos convictions.

Supposons par exemple que vous ayez reçu des gens à un repas d’anniversaire. Tout était à point, si ce n’est que le brocoli était trop cuit à votre goût et que l’entrée avait refroidi quelque peu avant d’avoir été servie. Si vous vous faites habituellement confiance, vous jugerez: «Encore une fois réussi. Attention cependant à l’entrée et aux légumes, la prochaine fois».

Si vous ne vous faites pas confiance, vous revivrez probablement les affres de certains «insuccès» antérieurs et vous conclurez: «Comment ai-je pu prendre autant de temps pour servir cette entrée? Et quelle tête de linotte: du brocoli trop cuit! Encore une fois raté. Je n’y arriverai jamais». Et, si tout avait été parfait, la même attitude de non-confiance aurait conduit  la petite voix intérieure à dire: «Fiou, tu as eu de la chance cette fois-ci ! Mais ne te repose pas sur tes lauriers: rien n’est vraiment acquis pour quelqu’un comme toi...»

Comme toutes les attitudes, la confiance et non-confiance en soi ont donc une forte propension à se maintenir d’elles-mêmes. Ce n’est pas en obtenant de meilleurs résultats qu’on augmente une faible confiance en soi, mais bien en changeant sa façon d’interpréter ses erreurs et ses succès. Il s’agit ici d’un changement intérieur. Les succès entretiennent et consolident la confiance en soi, mais ils ne peuvent pas la créer si elle n’est pas déjà là.

 

Quelques directions pour développer sa confiance en soi

1. Plutôt que de chercher la perfection, prendre conscience de ses réussites et accepter qu’elles ne soient pas toutes dues à la chance: on doit bien avoir du talent quelque part! Ce talent, on peut s’y fier, même s’il ne nous mène pas toujours au succès total. Quand on évalue les choses, on se dit: j’ai réussi ceci, cela, ceci et cela, mais j’aurais pu faire mieux avec ceci ou cela: résultat total de 85-90%, c’est pas mal, je peux me faire confiance, tout en cherchant à corriger ce qui a moins bien fonctionné — pour les choses qui en valent la peine, naturellement.

2. Lorsqu’elle se manifeste, prendre conscience de cette petite voix intérieure qui est toujours prête pour la critique dévalorisante. Qui se cache derrière cette voix? Que dit-elle? Pourquoi le dit-elle? Avec quel ton de voix le dit-elle? Comment lui inspirer un peu plus d’objectivité et de respect? Quelqu’un me disait : «J’entends encore ma petite voix saboteuse, mais je ne l’écoute plus», alors qu’une autre personne avait découvert que c’était la voix de sa mère, laquelle s’était toujours montrée plutôt dévalorisante, qu’elle avait intégrée et qu’elle entendait si souvent ; cela lui a permis de s’en dégager quelque peu. Essayer ainsi de solutionner la difficulté à l’intérieur de soi plutôt qu’à l’extérieur.

3. Rééduquer sa voix intérieure pour qu’elle aligne sa critique sur les gestes plutôt que sur la personne: «Attention, tu as commis cette erreur» plutôt que «espèce d’imbécile !». Il est sain d’être capable de reconnaître ses erreurs ; il est malsain de conclure encore et toujours qu’on est une personne mauvaise, incompétente, stupide ou «un cas désespéré». Attention aussi à lui laisser jouer ses «cassettes» ad æternam ; ce n’est pas parce qu’on vient d’échapper ses clés qu’on doit nécessairement laisser sa petite voix repasser de façon méprisante envers soi nos 25 dernières «gaffes» avant de conclure une fois encore à notre profonde stupidité. Une cassette, ça s’arrête ! Surtout si on l’a déjà entendue trop souvent...

4. Bien prendre conscience que toute décision comporte nécessairement des désavantages. Cesser de voir l’apparition de ces désavantages comme la preuve qu’on a encore une fois pris une mauvaise décision et se concentrer plutôt sur les bons côtés du choix qu’on a fait.

5. Lâcher prise sur le perfectionnisme. Si on place toujours la barre trop haut, on ne pourra jamais arriver à savoir qu’on a du talent ni qu’on est une personne valable. Avoir ainsi des attentes réalistes, ne pas s’organiser systématiquement pour être déçu de soi-même.

6. Prendre conscience d’éventuels bénéfices à ne pas se faire confiance: cela permet de se dispenser d’accomplir certaines tâches ou de prendre certaines responsabilités ? de forcer les compliments (Pourquoi te dénigres-tu? Ce que tu as fait est très bien!) ? de se protéger des critiques d’autrui en se démolissant soi-même avant qu’elles ne viennent? Ou bien c’est la seule façon qu’on a développée pour corriger ses erreurs ?

7. Il peut souvent s’avérer utile d’aller plus en profondeur et de chercher à savoir où, dans son histoire personnelle, on a appris à ne pas se faire confiance. Par exemple, durant leur enfance, beaucoup de gens ont appris à se «tomber dessus» lorsqu’ils commettaient certains gestes parce qu’ils savaient qu’ils se feraient punir ou rabrouer fortement par leurs parents. On peut ainsi intégrer la loi et la voix de ses oppresseurs pour se protéger du mal qu’ils nous font quand on ne fait pas ce qu’ils veulent. De fréquentes comparaisons avec un frère ou une sœur préférés ou des parents dévalorisants ou dont on décevait les attentes ont aussi pu créer un doute sur soi.

8. S’efforcer de découvrir les véritables enjeux qui se cachent sous l’apparent besoin de tout réussir. De quoi veut-on se protéger ? De quoi a-t-on vraiment peur ?

9. Attention à vivre près de gens dont le sport préféré est de voir les erreurs des autres. À la longue cela finit par déteindre sur nous.

10. Attention aussi aux cultures organisationnelles axées sur l’hyper-performance. Le fait de côtoyer des gens qui vouent leur vie entière au travail peut nous amener à nous dévaloriser de ne pas vouloir ou de ne pas être capable de faire comme eux. À chacun ses choix !, mais rappelons-nous à tout le moins qu’il n’y a pas que les gens qui se vouent entièrement au travail qui soient des personnes valables.

L’estime de soi et la confiance en soi sont des attitudes essentielles à une vie heureuse. À cette époque où la vie professionnelle et la vie personnelle exigent beaucoup de nous, il est vital de développer une autocritique saine destinée à nous aider à poursuivre notre développement. Comme les habitudes de se malmener soi-même ou de douter profondément de sa compétence ou de sa valeur ne sont aucunement utiles en ce sens, on peut les délaisser sans crainte de devenir médiocre. Il est souvent sain de «rénover», mais il ne sert à rien de continuellement se démolir !