Quand on a le sentiment de ne pas avoir le choix, on a quand même des choix. En fait, avec de la réflexion, on peut passer d'une vision du monde où les obligations abondent (il faut) à une vision moins stressante ou on a toujours des options.

Derrière tout «il faut» se cachent des désirs ou des peurs; ce sont eux qui limitent notre capacité à nous donner des options. Voici (au moins) 18 options.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un peu plus de détail avec l'outil Le stress des obligations

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le véritable enjeu de nos obligations: une question de choix


Par Jacques Lafleur, psychologue

Paru dans Travail et santé, vol 23 no 3 sept. 2007, révisé en février 2017

 

L’avantage à faire un budget, c’est qu’on peut mieux choisir où ira son argent. On n'a pas pour autant plus d’argent, mais cet exercice nous aide à savoir comment réduire ses dépenses pour ajuster son mode de vie à son revenu. Le désavantage, c’est qu’on perd ses illusions sur ce qu’on peut se permettre. Quand on choisit, on laisse forcément des choses de côté et ce renoncement peut s’avérer douloureux.

Établir ses priorités dans la vie et au travail, c’est aussi faire des choix. C’est en quelque sorte faire un exercice de budgétisation avec le temps. C’est décider de ce qu’on va faire passer en premier dans son horaire. Il est évidemment suggéré de mettre en priorité les choses essentielles plutôt que ce qui est moins important ou moins urgent. Mais attention! Cela ne nous donnera pas plus de temps. Le fait d’établir ses priorités pourrait au contraire nous faire constater que nous avons trop de travail à première vue prioritaire. Et c’est là que des choix devront être faits, ce qui implique un lâcher prise. Le plus difficile, le plus douloureux, n’est pas de choisir, mais de laisser tomber ce qu’on ne choisit pas.

Les obligations

Beaucoup de stress se cache sous des expressions comme « on n’a pas le choix » ou « il faut ». Par définition, une obligation représente un incontournable. De plus, si on ne prend pas le temps de l’analyser, elle semble se baser sur une vérité (on croit que « c’est vrai » qu’il faut faire ceci ou cela) et elle a un côté urgent (sinon, on dirait « il faudrait » ou « on n’aura pas le choix tantôt »). Toute obligation cache aussi une forme de devoir et comporte un aspect moral au sens où c’est «mal» de ne pas être à la hauteur de ses obligations. Et une personne qui ne fait pas son devoir est jugée comme étant moins bien que les autres; ainsi, les obligations non remplies peuvent constituer une menace à la dignité et à l’estime de soi.

Lorsqu’on prend ou reçoit trop d’obligations pour le temps dont on dispose, le fait d’établir des priorités mènera forcément à la conclusion que certaines obligations devront être laissées de côté, tout comme on renonce à certaines dépenses quand on manque d’argent. Et c’est ici que ça fait mal parce qu’on se donne difficilement le droit de laisser tomber ce que nous, notre employeur, nos collègues ou nos clients considérons comme des obligations. Nous avons été conditionnés à l'idée selon laquelle il est vrai qu’il faut remplir ses obligations, qu’il est même nécessaire et urgent de le faire, que les personnes qui ne le font pas ne sont pas correctes et qu’elles méritent une perte de l’estime de soi et de la dignité. Lorsqu’on a réellement une charge de travail trop lourde et trop de « il faut », on est stressé. Stressé si on veut arriver à faire tout ce  « qu’on doit » faire, stressé si on décide d’en laisser tomber. Alors?

Les choix

La capacité de faire des choix s’avère donc essentielle à qui veut gérer sereinement une apparente ou réelle surcharge de travail. Et il est tout aussi nécessaire de se donner la permission de faire ces choix. Le mot capacité fait ici référence à la compétence de mettre l’essentiel en priorité, alors que le mot permission définit la possibilité, sur le plan psychologique, de laisser tomber des choses. En tant qu’individu, ai-je la compétence de choisir? Comment puis-je m’accorder ou demander l’autorisation de le faire?

Pour nous aider à développer cette faculté de faire des choix sensés, la liste suivante met en évidence 18 choix qui peuvent nous aider. 

18 choix possibles

Le choix du « oui, non, ou peut-être »


C’est le choix qui englobe tous les autres. Je garde l’obligation (la tâche), je la laisse tomber ou je verrai plus tard si j’ai du temps. Est-ce vraiment une obligation?

Le choix du degré de responsabilité

À qui revient-il d’accomplir cette tâche? Est-elle de ma responsabilité ou de celle du service où je travaille ou encore est-elle flottante, dans l’attente que quelqu’un veuille bien s’en charger?


Le choix du nécessitant

Qui a besoin que cette tâche soit réalisée? Comment s’implique-t-il? Ai-je tendance à en faire plus que ce que le nécessitant en fait lui-même?


Le choix de l’exécutant
Qui d’autre que moi pourrait prendre la responsabilité de cette obligation ? Puis-je la déléguer sans me sentir fautif? Puis-je la déléguer temporairement?

 

 

Le choix du moment

Puis-je reporter la tâche? L’accomplir à un moment plus favorable (quand je serai seul, plus reposé ou plus disposé)? Dans quel ordre puis-je faire les choses pour que ce soit plus agréable ou plus léger?


Le choix de procéder par étapes

Serait-il utile de séparer la tâche en plus petites parties et d’insérer des choses plus agréables ou plus reposantes entre chacune?


Le choix des moyens

Existe-t-il des moyens plus agréables ou plus économiques en temps et en énergie pour parvenir au même résultat? Comment arriver à les utiliser? Comment insister pour qu’on me les donne?


Le choix de la vitesse d’exécution

Suis-je obligé de travailler à la course? Quel serait le bon rythme pour moi? On peut être efficace sans être pressé. Et, plus on court, moins on a de recul et moins on prend le temps de choisir...


Le choix de l’échéance

Quelle est la véritable échéance de cette tâche? Puis-je au moins le demander? Puis-je la faire réviser s’il y a trop de choses à faire à cause des autres échéances et des ressources limitées dont on dispose?


Le choix de la fréquence

Dois-je vraiment accomplir cette tâche aussi souvent? Que se passerait-il si je réduisais la fréquence? Ou serait-il au total plus économique en temps et en énergie de la faire plus souvent?


Le choix de la qualité

Quel est le véritable enjeu de la qualité dans ce cas précis? Ai-je un problème de perfectionnisme? Comment arriver à me satisfaire même si tout n’est pas parfait, au moins dans les cas où les conséquences ne sont pas graves?


Le choix du temps consacré

Cela m’aiderait-il de fixer d’avance le temps que je vais consacrer à telle ou telle chose? Le temps que l’on va donner à chaque item d’une réunion, par exemple. Une fois le temps écoulé, on passe à autre chose. Limiter le temps permet souvent d’être plus efficace.

 

 

Le choix du degré d’investissement

Comment éviter de mettre 20 dollars d’énergie dans un problème à 10 cents? Quel est le résultat visé? Comment l’atteindre en utilisant un effort moins grand? Est-ce que je cherche du mérite et de l’admiration ou est-ce que je vise plutôt des résultats?


Le choix de l’attitude

Dois-je nécessairement me sentir accablé devant cette supposée obligation? Si je choisis vraiment de la remplir, comment agir avec un certain plaisir, une certaine sérénité, un certain sens de la satisfaction, plutôt que de me sentir esclave et de vouloir m'en débarrasser au plus tôt?

 

 

Le choix de la collaboration

Dois-je accomplir ces choses seul? Serait-il moins lourd ou plus efficace de demander de l’aide ou de la collaboration, de travailler avec d’autres?


Le choix de l’image projetée


Ai-je peur de ce que les autres vont dire si je laisse tomber des choses, si je refuse de les faire, si je retarde les échéanciers, si je demande de la collaboration? Mon travail et ma vie seraient peut-être plus agréables et je serais peut-être tout aussi efficace si j’avais moins peur du jugement des autres.

 

 

Le choix moral

Serait-il vraiment immoral ou incorrect de me libérer quelque peu de telle ou telle supposée obligation? Serait-ce vraiment une faute?


Le choix de l’estime de soi

Est-ce que je mériterais vraiment de m'aimer moins ou de me détester si je choisissais de me débarrasser de cette tâche, de l'accomplir autrement, d'en retarder l'accomplissement, d'en remettre la charge aux personnes à qui elle revient, etc.? Ma valeur comme personne est-elle vraiment mise en cause dans ce cas-ci?

 

 

De l’obligation au choix

Toute « obligation » peut être considérée comme un moyen d’atteindre un objectif. Toute phrase commençant par « il faut » peut en effet être complétée par une autre qui commence par « parce que je veux ceci ou parce que j’ai peur de cela». L’obligation passe alors au niveau des perceptions personnelles, des buts et des peurs.

Pourquoi faut-il ceci ou cela? Qu’est-ce que je veux? De quoi ai-je peur? Que se passe-t-il vraiment si j’agis autrement? Voilà autant de questions simples qui pourront nous aider à saisir le véritable enjeu des obligations qu’on se donne. Les réponses qu’on leur apportera pourront nous aider à mieux prioriser et à faire des choix plus heureux et plus féconds. Bonheur et utilité : n’est-ce pas là l’essentiel, ce qui donne le plus de sens à la vie?