Les diverses situations qui nous font vivre du stress à répétition au travail comme à la maison ont tôt ou tard un impact négatif sur notre humeur et sur notre santé. Il importe donc de s’en occuper. Voici quelques pistes décrivant les façons les plus saines de composer avec elles, selon le degré de contrôle qu'on peut exercer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Agir, lâcher prise et parfois... changer!
Par Jacques Lafleur, psychologue
Paru dans Travail et santé. Vol 31 no 1, mars 2015

 

Le retour régulier et parfois même quotidien de certaines difficultés montre que notre façon de les aborder ne nous permet pas d’en venir à bout de façon satisfaisante. C’est déjà un bon point de départ que d’en prendre conscience. On conviendra en effet facilement que les situations qui ne nous laissent pas d’émotions de frustration, d’agressivité, de rancune, de colère, de peur, de peine, de déception ou de culpabilité, par exemple, sont celles avec lesquelles nous composons adéquatement ainsi que celles où les autres se comportent relativement en accord avec ce que nous en attendons.

En fait, les sentiments de satisfaction et d’insatisfaction résultent toujours de la relation qui lie la nature de ce à quoi nous sommes confrontés et la perception que nous en avons. Attention donc à tout mettre sur le dos de la situation, car il reste difficile d’accorder une valeur absolue de stress à un problème particulier; tout au plus peut-on convenir qu’il est plus normal de s’en faire avec certaines choses qu’avec d’autres. La leucémie d’un de ses enfants ou le harcèlement psychologique en sont des exemples. Ce sont là des problèmes qu’on ne souhaite à personne même si, encore là, certaines personnes peuvent s’en tirer avec moins de mal que d’autres.

À l’autre extrême, on trouve par exemple la rage au volant. Là, il n’y a le plus souvent rien pour justifier de tels accès de colère. Faisant face aux mêmes bouchons de circulation ou subissant la même queue de poisson, la plupart des gens prennent en effet leur mal en patience plutôt que de laisser l’adrénaline les amener dans une transe à la Hulk qui ne produit jamais rien de bon. Encore là, c’est la relation à la situation qui détermine la réaction.

Voici quelques stratégies qui peuvent permettre de réduire le stress lié aux situations répétitives ou chroniques. Certaines amènent à agir de façon différente, d’autres à voir les choses autrement pour mieux s’en accommoder et d’autres encore à tirer sa révérence.

Stratégies de coping

Par stratégies de coping (1), on désigne les stratégies que l’on emploie consciemment ou inconsciemment pour composer avec les diverses situations qui marquent notre vie. Certaines sont efficaces alors que d’autres ne mènent à rien d’autre qu’à entretenir, sinon à empirer une certaine souffrance.

Les stratégies de coping ont à voir avec les actions qui visent à transformer les situations de façon à ce qu’elles nous conviennent mieux, soit en améliorant nos compétences à les gérer, soit en réduisant des exigences qui semblent à première vue incontournables. Elles comprennent aussi les stratégies qui visent à changer nos perceptions ou nos attitudes, ce qui mène le plus souvent à des changements de comportement.

On retrouve donc ici des stratégies qui mènent à améliorer la situation et d’autres qui ciblent la perception spontanée que nous en avons et qui nous conduit à répéter de façon réflexe des solutions qui ne fonctionnent pas (puisque le problème perdure). Dans un cas, la question qui se pose est Comment régler le problème? Dans l’autre, c’est Quel point de vue acceptable me mènerait à une action différente ou à une émotion moins perturbatrice?

On s’assurera que la nouvelle façon de faire ou de penser sera acceptable eu égard à nos valeurs et qu’elle n’aura pas pour effet de nous faire perdre d’un côté ce qu’on gagnerait de l’autre. Il ne s’agit pas de changer le mal de place! Par contre, c’est souvent par crainte non fondée de cet effet pervers qu’on continue de subir des situations désagréables sans oser de changement.
Par exemple, on suppose souvent à tort que les autres vont mal réagir si on pose des limites par ailleurs acceptables à leurs demandes. Une partie parfois appréciable du stress lié aux surcharges de travail peut souvent être réduit si on ose aborder le sujet; une discussion franche et des négociations honnêtes basées sur des faits peuvent ainsi s’avérer une solution plus efficace que des heures et des heures en temps supplémentaire... accompagnées de chiâlage silencieux. Mais ce ne sont pas tous les milieux de travail qui abordent honnêtement la surcharge, bien sûr, et il importe de savoir distinguer les conséquences probables de nos actions de celles que l’on appréhenderait à tort.

Notre capacité d’influence

Le choix de la stratégie la plus appropriée, toujours en fonction de l’intention de réduire l’impact négatif qu’une situation a sur nous, dépend notamment de notre capacité à l’influencer. Cette influence peut s’étendre d’une absence totale jusqu’à un pouvoir absolu. Plus on peut ramener la situation dans le sens de ce que l’on attend, moins on en souffrira. C’est pourquoi, dans les situations sur lesquelles on peut exercer un certain contrôle, la stratégie la plus saine consiste à agir pour la rendre plus conforme à nos aspirations.

Dans ce sens, on peut, par exemple et selon les situations :

  • -  passer à l’action plutôt que de laisser traîner les choses

  • -  se donner la compétence suffisante pour avoir une action efficace

  • -  affronter ses peurs plutôt que de se laisser paralyser par elles

  • -  se donner du recul, planifier, organiser l’action

  • -  accepter de faire des efforts à court terme en vue d’une amélioration à moyen terme

  • -  demander de l’aide, du soutien

  • -  proposer des solutions dans un esprit gagnant-gagnant, négocier des ententes

    satisfaisantes

  • -  imposer ses solutions, accepter de prendre unilatéralement parti pour soi

  • -  s’interroger sur ses attentes, voir dans quelle mesure on n’exige pas trop des choses et de gens, le tout bien sûr sans sombrer dans l’irrespect de soi ou la médiocrité. Toujours dans les situations où on peut exercer une influence, on évitera de :

  • -  s’apitoyer sur son sort, se victimiser

  • -  chiâler sans reconnaître ses propres lacunes ou son manque de courage

  • -  procrastiner indéfiniment ou utiliser d’autres formes d’évitement

  • -  ruminer encore et encore son ressentiment

  • -  justifier fallacieusement le «je n’ai pas le choix» par lequel on explique son inaction.

    Mais il restera sans doute des situations où notre capacité d’influence reste insuffisante pour faire changer la situation de façon significative. Il se peut qu’un nouveau gestionnaire soit un être foncièrement toxique, que nous fassions partie des prochaines mises à pied, que notre conjoint soit devenu toxicomane ou joueur compulsif, etc. Dans ces cas, les stratégies les plus adaptées s’inspireront davantage d’un certain lâcher-prise que d’une persévérance acharnée à rétablir la situation par nos propres moyens. Il vaut mieux prendre conscience de la situation telle qu’elle est et du peu de pouvoir dont on dispose pour la faire changer.

Selon les situations, on pourra :

  • -  réviser ses objectifs, ses attentes, mettre la barre à une hauteur plus réaliste

  • -  savoir qu’on n’est pas venu au monde là, se préparer à rompre et mettre son énergie dans

    la préparation de ce qui va suivre la rupture

  • -  accuser les pertes et repartir plutôt que de nier l’évidence en gardant le faux espoir de pouvoir rattraper le terrain perdu

  • -  accepter de composer avec la situation en se concentrant sur ce qu’elle peut encore avoir de bon tout en faisant attention à ne pas se déresponsabiliser quant à des actions qui seraient possibles

  • -  s’éloigner le plus souvent possible de la situation, faire des choses intéressantes, prendre congé, se donner du temps et de l’espace ailleurs que là où on est mal

  • -  accepter de relativiser, de prendre du recul, de voir que la vie n’est pas finie

  • -  agir là où c’est encore possible pour amoindrir l’impact

  • -  prendre conscience de ses émotions et les exprimer dans un contexte de confiance, chercher du soutien à un niveau émotionnel

  • -  faire les deuils nécessaires.

    Et on évitera de :

  • -  dramatiser, appréhender, se laisser gagner par l’anxiété, bref grossir le problème

  • -  persévérer à outrance, insister, s’acharner, s’obstiner alors que la partie est perdue

  • -  s’apitoyer, se victimiser sans faire les deuils qui s’imposent et se préparer à une nouvelle vie

  • -  culpabiliser les «méchants» et attendre qu’ils fassent amende honorable alors qu’ils ne montrent aucune intention dans ce sens.

    En résumé, donc, on agit là où c’est possible et on lâche prise là où ça ne l’est pas.

     

Le contenu/la relation 

Distinguer le contenu de la relation peut aussi s’avérer utile pour choisir des stratégies appropriées. Cette distinction s’appuie sur la conscience de ce que toute situation implique des gens, parfois d’autres, parfois uniquement soi-même. Elle permet de mieux déterminer ce qui appartient à la situation de ce qui appartient aux gens qui y sont impliqués et, partant de là, de cibler son action à la bonne place.
Dans le cas de la relation à soi-même, on comprendra par exemple que le perfectionnisme malsain mène à de l’insatisfaction dès que la perfection est inatteignable. La situation paraît très difficilement contrôlable à l’individu, en ce sens que, malgré des efforts douloureux, il n’arrive pas à y atteindre le niveau de satisfaction qui lui permettrait de passer à autre chose. Mais ce n’est pas la situation qui exige la perfection, c’est lui-même. La situation s’accommoderait très bien d’un travail bien fait, le peaufinement démesuré n’ajoutant aucune plus-value.
Le perfectionniste cherche donc souvent à solutionner par des actions sur la situation, au-dehors de lui, un problème d’anxiété qui lui appartient. Dans ces cas, la stratégie la mieux adaptée consiste à travailler sur soi-même. Les personnes souffrant du syndrome de l’imposteur ou d’ambition malsaine sont aussi des gens qui gagneraient davantage à réviser leurs objectifs que de se tuer à essayer d’être à la hauteur de leurs attentes irréalistes.

Dans notre relation aux autres, on s’efforce aussi souvent de trouver la paix de l’esprit en dirigeant nos efforts dans des actions visant à satisfaire leurs présumées exigences. En y regardant de plus près, on pourrait constater qu’on gagnerait davantage à cibler la clarification des attentes respectives et la recherche d’une solution qui, idéalement, conviendrait aux deux parties.

Je vois souvent des gens qui se défoncent à faire ce qui leur est demandé sans cependant mettre la moindre résistance à ces demandes. Ils se disent: «Ils devraient comprendre qu’ils m’en demandent trop». Ils répondent par du contenu (beaucoup de travail) à ce qui pourrait être résolu par une relation plus saine (je montre que j’en ai beaucoup, ce qui pourrait aider les autres à le voir, je cherche une entente avec eux). Ça ne fonctionne pas toujours, mais ça donne souvent des résultats. Et dans les cas où, avisés de la démesure de leurs demandes, les autres nous montrent qu’ils n’ont aucun intérêt pour nos besoins, il convient de s’interroger sur ce qui nous empêche de rompre. Dans ces cas, la probabilité que la solution vienne de ceux de qui nous l’attendons reste en effet manifestement très petite.

Faire plus de la même chose ou faire autrement

Voici finalement une distinction qui peut nous aider à changer une stratégie qui ne donne pas de résultat. Elle se base sur la conclusion qui veut qu’une stratégie qui ne fonctionne pas nous indique un besoin de changement de stratégie. Elle suppose une sorte de recadrage du problème, qui permet de le voir sous un autre angle, lequel dégage de nouvelles options tout en nous montrant pourquoi notre stratégie actuelle s’avère décevante.

La chose n’est pas toujours simple parce que nos cerveaux ont une très forte tendance à répéter les mêmes solutions : «Cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage...», ça finira bien par donner des résultats! Cette maxime peut s’avérer exacte dans certains cas, mais il reste que, dans les autres cas, il vaut mieux voir les choses autrement.

Par exemple, il y a des gens qui comprennent quand on leur parle, d’autres qui comprennent quand on leur montre. La stratégie qui consiste à dire ce qu’on veut fonctionne avec les premiers, mais pas avec les seconds (les enfants, par exemple, ou les gens qui ne nous respectent pas beaucoup). Avec ceux-là, on peut répéter et répéter en espérant qu’ils vont comprendre, mais on peut aussi leur montrer que, s’ils ne comprennent pas, ils auront à subir certaines conséquences.

Ainsi, si on dit à répétition qu’on a trop de travail pour livrer nos mandats à temps et qu’on les livre quand même, les risques sont grands qu’on ait à le répéter encore longtemps : qui croirait un menteur? L’idée serait ici davantage de dire clairement là où on est rendu avec un dossier particulier et là où on sera vraisemblablement rendu à l’échéance si on n’a pas d’aide. Et, à l’échéance, si on n’a toujours pas eu d’aide malgré nos avis à l’effet qu’on n’y arriverait pas et le travail honnête qu’on a accompli, tout le monde constatera qu’on disait vrai : le travail n’est pas terminé, ce qui pourrait faire en sorte qu’on nous écoute davantage à l’avenir.

En bref

C’est la perception que nous avons des choses qui nous mène à choisir les moyens avec lesquels nous allons les aborder. Nos connaissances et nos compétences ont aussi un effet déterminant sur les résultats que nous obtenons, tout comme la nature de la situation elle-même, laquelle nous laisse ou non une certaine marge de contrôle. L’idée est de réviser les stratégies qui ne donnent pas de résultat. J’espère que ce texte, qui ne prétend pas avoir épuisé le sujet, offrira une réflexion

et un certain nombre de pistes pour mieux composer avec les difficultés qui, en ne se réglant pas, engendrent pertes de joie de vivre, malaises et souffrance.

Référence bibliographique :
Côté. Lucie : Améliorer ses stratégies de coping pour affronter le stress au travail. Paychologie-québec, vol 30 no 5, sept 2013, p.41-44