Les occasions de stress au travail

 

Le stress, c'est la tension qui est engendrée en nous quand il nous semble que certaines situations ne sont pas conformes à nos attentes, ou bien qu'elles risquent de cesser de l'être; cette tension nous pousse à agir pour les «corriger» ou pour les maintenir «correctes». Lorsqu'on réussit, c'est-à-dire lorsqu'on est capable de répondre à la situation ou de laisser tomber nos attentes, la tension tombe et on se sent libre et en paix.

De ce point de vue, le stress au travail vient de notre incapacité de répondre avec sérénité à ce qu'on croit devoir y  faire, soit pour être à la hauteur des demandes des autres, soit pour satisfaire nos propres exigences.

Voici une liste de ces occasions de stress. Nous vous invitons à cocher celles auxquelles vous êtes confronté, et surtout à chercher comment vous pourriez mieux répondre à chacune (ou à l'ensemble). Quelques indications pour mieux y répondre ont été données dans notre livre (1), particulièrement sous la rubrique «Indications de survie» de la première partie.

Il existe en fait cinq grandes directions pour mieux répondre:

1. On peut s'occuper de sa santé (se reposer, se ressourcer, limiter ses heures de travail) de façon à garder ou à récupérer énergie, motivation et pouvoir de concentration.

2. On peut augmenter ses compétences concernant la gestion de l'ensemble de la tâche (fixer des priorités, planifier, s'organiser, apprendre à dire non, à ajuster la qualité du travail à la quantité qu'on produit, déléguer, etc., et même démissionner).

3. On peut augmenter ses compétences en ce qui a trait à  l'accomplissement de chaque tâche (se faire aider, se donner de meilleurs outils de travail, suivre des cours de perfectionnement, etc.).

4. On peut accepter de revoir certaines de nos attitudes et dépendances (nos peurs, notre perfectionnisme, notre culpabilité, notre confiance en nous, notre estime de nous-même, etc.). En ce sens, les occasions de stress sont décrites comme extérieures tout en nous invitant à réfléchir à nos attitudes.

5. On peut réviser notre façon d'être en relation avec les autres (employeur au sens large, patrons, subalternes, collègues, entreprises avec lesquelles on fait affaire, clients, etc.).

On reconnaîtra ici les changements qui mènent à mieux s'occuper de ses symptômes de stress, à mieux doser ses occasions de stress, à mieux répondre à nos occasions et à assouplir ou à changer nos attitudes, ce qui constitue les quatre clés de l'équilibre personnel (voir publications-livres)

La bonne question à se poser si on veut garder son équilibre est: «Qu'est-ce que je peux faire pour mieux composer avec cette difficulté (ou avec l'ensemble de ces difficultés) dans ma vie?

La plupart du temps, la réponse nous conduit à un changement.

 

Liste des occasions de stress au travail

__La quantité de tâche imposée (ou celle qu'on accepte c'est-à-dire celle qu'on s'impose);

__Le nombre d'heures qu'on nous demande de passer au travail (ou le nombre d'heures qu'on accepte de passer au travail ou à y penser);

__Le rythme effréné qu'on veut nous imposer (le rythme auquel on se plie);

__Les horaires qui se concilient mal avec la vie personnelle (ou qu'on accepte de faire nôtres);

__La pression qu'on subit (ou qu'on s'impose);

__La pression qu'on croit devoir faire subir aux autres;

__Les injustices et les trahisons;

__La tension presque palpable qu'on ressent en milieu de travail;

__Le caractère changeant des objectifs (dans lesquels on investit malgré tout beaucoup);

__Le caractère changeant des directives (auxquelles on se plie même si ça n'a pas de sens);

__Les directives contradictoires (qu'on  essaie de suivre malgré tout);

__Les directives qui paraissent absurdes (auxquelles on  ne réagit pas toujours de façon saine);

__La multiplication des supérieurs qui ont leur mot à dire sur notre tâche (sans qu'on ne clarifie très précisément à qui on répond de quoi);

__L'ambiguïté des attentes à notre endroit (qu'on ne clarifie pas très précisément);

__L'ambiguïté qui entoure ce qu'il nous est permis de demander aux autres (ambiguïté qu'on entretient en ne clarifiant pas ce qu'on peut demander à qui);

__L'ambiguïté générale, dans laquelle il ne faut cependant pas commettre d'erreurs de jugement (erreurs dont on se sent coupable);

__Le peu de confiance qu'on nous fait (confiance dont on a besoin);

__Les reproches et l'absence de félicitations (avec lesquelles on se blesse);

__Les jalousies (auxquelles on ne réagit pas toujours sainement);

__Le fait qu'on entende parler «dans le dos» des personnes qui ne sont pas présentes (le fait qu'on  parle dans le dos des absents, qu'on se soucie outre mesure de ce qu'on dit dans notre dos);

__Les gestes absurdes qui ont été faits et avec lesquels il faut maintenant composer (et qu'on accepte de corriger comme si c'était notre travail de le faire);

__Le fait que les soi-disant urgences se succèdent les unes aux autres, continuellement (le fait qu'on prenne en charge les crises des autres, ou qu'on pousse dans le dos des autres);

__Le fait qu'on doive parfois accorder un temps précieux et une grande énergie à des balivernes qui se réglaient auparavant en un rien de temps (le fait qu'on accepte de le faire, ou qu'on le fasse avec une sorte de désespoir);

__Les pertes de temps (celui qu'on perd);

__Le sentiment d'impuissance (notre besoin d'avoir le contrôle sur des situations où il  nous échappe);

__La bureaucratisation de tout et de rien (notre impatience, notre refus d'apprendre à composer avec la bureaucratisation);

__Le remplacement continuel des outils de travail (notre sentiment de devoir tout faire vite);

__Les conditions environnementales (bruit, lumière, espace, humidité, température, décor, etc.), souvent malsaines ou inadéquates (le fait que la mise en place de meilleures conditions ne soit pas notre  plus grande priorité);

__Les conflits avec les supérieurs, les subalternes ou les collègues du même niveau (nos conflits, nos attitudes qui engendrent ces conflits, nos besoins auxquels on attend que les autres répondent);

__La perte de certains «privilèges» qui rendaient le travail plus agréable ou plus facile à accomplir, tels qu'un espace privé, un lieu de travail unique, un stationnement gratuit, des services de secrétariat réservé pour nous ou pour notre service (nos deuils non résolus à cet effet);

__Le fait que, grâce au télétravail, on peut maintenant travailler aussi chez soi (notre besoin d'arriver à tout faire);

__L'absence de soutien affectif et de reconnaissance de la part de l'employeur, des supérieurs, des subalternes, des collègues du même niveau, ainsi que des gens auxquels on vend des produits ou on rend des services (notre besoin d'être apprécié);

__L'absence de soutien en ce qui concerne les outils de travail ou l'aide qu'on croit nécessaires (notre incapacité à tenir compte de cette absence de soutien dans la quantité et la qualité du travail qu'on se croit obligé de livrer);

__La difficulté de composer avec des clients de plus en plus exigeants, ou avec des citoyens, des étudiants ou des patients de plus en plus irrespectueux ou agressifs (notre difficulté);

__La raréfaction des emplois et la peur de perdre le nôtre (notre peur);

__Le sentiment d'être un pion (notre besoin d'être reconnu par notre employeur);

__La perte de la motivation à s'occuper de toute tâche à moyen terme, puisqu'elle peut nous être enlevée à tout moment (notre tendance à vouloir des résultats et des félicitations, notre difficulté à vivre ici et maintenant);

__Le sentiment d'incompétence lié à l'incapacité de remplir la tâche (le lien qu'on a établi entre le sentiment de compétence et le fait de remplir ou non la tâche);

__Le sentiment d'accablement à ne pas pouvoir travailler aussi bien qu'avant (notre difficulté à laisser aller le passé pour pouvoir mieux vivre le présent);

__Les attentes liées aux ratés du système ou au manque de planification, qui font que tout n'arrive pas toujours comme on en aurait besoin (notre besoin d'obtenir des résultats malgré les incongruités du système);

__Les déménagements de services (notre difficulté à vivre avec les déménagements);

__Le fait que les décisions qui nous touchent soient prises sans qu'on ne soit consulté (notre façon de réagir à ces décisions);

__L'insécurité liée aux possibles fusions ou réorganisations (notre insécurité, nos peurs, nos dépendances);

__Le peu de temps qu'on a pour s'adapter quand il y a fusion ou réorganisation (notre propre difficulté à accepter que le travail attende un peu, le temps qu'on s'adapte);

__Le plafonnement des salaires ou les baisses de salaire (notre désir de conserver le même train de vie ou de recevoir des marques de reconnaissance);

__La perte d'avantages sociaux (notre réaction à ces pertes);

__Le besoin de se tenir au courant des «progrès», qui se traduit par de nombreuses journées de formation... pendant lesquelles le travail s'accumule (et notre incapacité de laisser le travail accumulé attendre un peu quand on revient);

__L'obligation à laquelle l'employeur nous soumet de parfaire notre formation ou de terminer notre scolarité de tel ou tel niveau, souvent en dehors de nos heures de travail, en suivant des cours dont on croit en plus qu'ils ne nous seront d'aucune utilité (notre réaction à ces «obligations»);

__Le sentiment d'être de plus en plus surveillé comme un enfant (notre révolte, notre impuissance, notre rapport avec l'autorité);

__La mauvaise utilisation de nos ressources personnelles: nos compétences sont sous-utilisées ou encore on travaille sur des dossiers pour lesquels on ne possède pas une formation suffisante (notre réaction devant ce gaspillage);

__La responsabilité qu'on nous confie d'arriver à des résultats sur lesquels on n'a pas vraiment de pouvoir (et le fait qu'on  accepte de prendre la responsabilité de ce sur quoi on n'a pas de pouvoir);

__La peur liée à ce que la moindre erreur de notre part — ou  de celle des autres — puisse avoir de graves conséquences (notre peur des reproches, le fait qu'on accepte un poste de responsabilité dans des circonstances où notre pouvoir est minime);

__Le fait que nos bonnes idées soient rejetées ou ignorées (le fait qu'on croit que nos idées sont meilleures, le fait qu'on a besoin d'approbation ou d'admiration);

__La peur des évaluations annuelles, compte tenu de notre incapacité de remplir notre tâche et des fréquents conflits qu'on a eus durant l'année avec nos supérieurs, lesquels sont par ailleurs aussi nos évaluateurs;

__La quasi impossibilité d'obtenir une forme ou une autre d'avancement (notre désir d'avancement);

__Le harcèlement sexuel (notre peur de dénoncer cette forme d'abus);

__La souffrance des collègues qu'on voit dépérir (notre difficulté à composer sainement avec cette souffrance);

__Le fait qu'on n'entende plus que des plaintes et des plaintes, à la cafétéria et ailleurs (nos plaintes, notre incapacité de faire changer les sujets de conversation vers des choses plus agréables);

__Les difficultés à la maison qui découlent de notre engagement démesuré au travail et de notre préoccupation constante pour nos dossiers (et parfois de nos sempiternelles plaintes sur tout ce qui va soi-disant mal).

 

Mais ce n'est pas tout, car la quantité de stress qu'on ressent est faite de la somme du stress au travail et du stress lié à la vie personnelle, comme celui qu'engendrent par exemple les problèmes familiaux, conjugaux, financiers, sociaux, scolaires, les changements, les problèmes de temps, les problèmes de santé, etc. La plupart du temps, on aura donc aussi avantage à changer des choses à la maison si on désire garder un niveau de stress fécond, celui qui nous garde de bonne humeur et en santé.

 

 



[1]LAFLEUR, Jacques: Le burnout: Questions et Réponses (Choisir sa vie!), LOGIQUES, Montréal, 1999